La mobilisation citoyenne avait réussi a effacéArdoisedu paysage sécuritaire français. Sorti par la porte, le logiciel de fichage de la police nationale revient par la fenêtre sous le doux nom d’Edvige.
Nettement plus sexy. En apparence. Car derrière cette « Exploitation documentaire et valorisation de l’information générale » se cache une machine à surveiller les empêcheurs de faire de
la politique en rond.
Edvige recensera en effet, de manière systématique et généralisée, toute personne « ayant sollicité, exercé ou exerçant un mandat politique, syndical ou économique ou qui joue un rôle
institutionnel, économique, social ou religieux significatif ». « Sans exception, explique le site pétitionnaire "Pour l’abandon du fichier Edvige", toutes les personnes engagées dans la vie de la cité sont donc visées.
« En outre, ce fichage vise à permettre la collecte de renseignements identitaires sur les « suspects » (personne mais également groupe) simplement considérés, par la police, comme susceptibles, à
l’avenir et de manière totalement hypothétique, de porter atteinte à "l’ordre public".
Les mineurs fichés aussi.« Il permettra de compiler toutes les notes de renseignements telles que : état civil,
photographie mais aussi fréquentations, comportement, déplacements, appartenance ethnique, vie sexuelle, opinions politiques, philosophiques, religieuses, appartenances syndicales et associatives…
La police sera autorisée à consulter ce fichier en cas d’enquêtes administratives pour l’accès à certains emplois.
« Les mineurs ne seront pas épargnés puisque fait sans précédent dans notre République et particulièrement choquant, leur fichage sera autorisé dès l’âge de 13 ans et cela sans qu’aucune infraction
n’ait été commise et sur la seule base de leur dangerosité présumée. »
Le gouvernement, qui n’en est pas à un coup bas près, a publié le décret instituant Edvige… le 1er juillet 2008. Sans débat public préalable et passant outre les réserves émises par la Commission
nationale Informatique et Libertés.
Depuis le 10 juillet l'appel« Pour l’abandon du fichier Edvige »a récolté 81 742 signatures dont 673 d'organisations, collectifs, partis et syndicats. « Ardoise » ou « Edvige », c’est notre démocratie qui risque de payer la
note.